Le voyage d’Eléa

dimanche 20 mai 2018
par  hélène K

De ses derniers instants de vie intra-utérine à son premier souffle .
— -> Récit de la naissance d’Eléa

Raconté par sa maman, vécu par son papa et accompagné par sa grand-mère et sage-femme

Le récit de la naissance d’Eléa est pour moi un challenge : comment ne pas altérer la beauté et la magie de ce moment en couchant mes émotions, mes ressentis, mon vécu, par écrit ? Alors tant pis je me lance, peut-être certains passages resteront effleurés par les mots, mais qu’importe, ils resteront à jamais gravés dans ma mémoire, dans mon âme et dans mon corps. Dimanche 1er octobre 2017, 7h30 La nuit fut calme. Je m’étais endormie vers 1h du matin la veille, après avoir préparé plusieurs petits ouvrages à coudre pour ma fille avec les chutes de son tissu mouton : un pochon, des lingettes lavables, un hochet lapin, une bouillotte sèche et un sarouel découpés dans les tissus, qu’il ne me reste plus qu’à assembler à la machine. Je m’installe pour le petit déjeuner, comme à mon habitude, sur le canapé et devant une chaine d’informations. C’est à cet instant que je ressens des tensions régulières dans le bas du ventre. Je m’interroge sur ces sensations nouvelles et me demande si c’est bien cela qu’on appelle contractions. Je n’en suis pas sûre, puisque je m’attendais à ce qu’une contraction vienne raidir tout mon ventre, et pas seulement le bas du ventre. Quoi qu’il en soit, ces tensions se font sentir par intervalles régulières de 5 à 10 minutes. Je petit déjeune donc et m’accommode de ces vagues de tension, en gardant bien sûr au coin de mon esprit que ma fille a peut-être choisi ce jour pour sortir de son cocon aquatique et venir nous rejoindre. Comme depuis ces dernières semaines, et aussitôt le petit déjeuner pris, je branche ma machine à coudre et poursuis mes travaux couture démarrés la veille. Mais les contractions m’empêchent de maintenir une position assise. Alors lorsqu’une vague arrive, je me lève et déambule dans le salon pour la libérer. Autant dire qu’à raison d’une contraction toutes les 5 minutes, mes travaux de couture n’avancent pas bien vite. C’est à 9h45 que je me décide à appeler maman pour lui faire part de la situation. Je contrôle bien ces sensations nouvelles qui s’intensifient, elles ne sont pas douloureuses et ne durent pas plus de 5 à 10 secondes chacune. Je n’ai pas chronométré avec précision ni leur fréquence, ni leur durée, mais les vagues reviennent systématiquement, comme une houle constante mais calme. Je ne peux ni rester assise ni allongée pendant ce laps de temps, mais je peux marcher et parler sans problème. Au téléphone donc, maman se met tranquillement en alerte, et me dit rester disponible, alors que pendant nos échanges les contractions viennent et repartent. Mais nous discutons ensemble… tout va bien. Thibault se lève peu après cet échange téléphonique avec maman. Je le regarde avec un sourire bienveillant en coin, il me retourne un regard bizarre en me demandant "ben qu’est ce qu’il y a ?" alors je lui réponds avec tendresse qu’il va peut-être falloir se préparer pour la naissance aujourd’hui. J’ai eu droit au "mouais ben il y en a plein qui disent ça et au final ça prend des jours, ça me rappelle nos copains, enceinte elle pensait tous les jours que c’était LE jour, et c’est arrivé bien après". Bon, un papa un peu dubitatif, je peux le comprendre, mais moi j’en suis sûre, ce n’est peut-être pas pour aujourd’hui, mais elle sera avec nous demain au plus tard, les contractions sont là, elles sont efficaces je le sens, mon corps se prépare…je le sais. Au regard de mes lectures sur la naissance, je mets en pratique quelques conseils récupérés ça et là. Parmi elles, l’expérimentation de postures différentes pouvant favoriser l’efficacité des contractions tout en se préservant de la fatigue et de la douleur. Pour ma part, rien n’y fait, j’ai besoin d’être debout pour les accueillir et les laisser œuvrer sur mon corps. La position assise m’est insupportable. Je n’ai tenté qu’une fois la position allongée, et l’expérience fut amère. L’utilisation du ballon de grossesse comme assise me soulage immédiatement. Il me permet de me reposer tout en massant mon sacrum et mes hanches par de légers mouvements circulaires. Mais la douleur me revient tel un ricochet bien plus intense lorsque je me relève. Je ne prendrai le ballon qu’à deux reprises, un peu contrariée de ne pouvoir utiliser cet outil qui a prouvé son efficacité à l’assise mais que je redoute au lever. Je commence à fatiguer et ma crainte de ne pouvoir tenir tout le long du travail refait son apparition. Quelques jours auparavant, je confiais en effet mon appréhension à maman. J’avais peur que mes muscles, et notamment mes jambes, ne réussissent pas à me porter jusqu’au bout. Je ne voulais pas risquer de fléchir et laisser mon esprit seul, abandonné par mon corps. J’avais besoin des deux. J’avais appris que les contractions étaient toujours des vagues entrecoupées de périodes de repos dont il faut se délecter pour récupérer des forces. Mais comment récupérer des forces debout ? Je tente donc de m’allonger de nouveau, mais cette fois-ci en balasana, une posture apprise au yoga, que j’apprécie beaucoup. Le corps est replié au sol sur les genoux, le ventre au centre et la tête posée au sol. Je m’installe dans cette position sur le matelas, la tête et le buste relevés par des coussins. Je m’y sens tellement bien. Et puis une contraction arrive, alors pour m’aider j’enfonce mes mains paumes vers le mur face à moi, et laisse cette nouvelle vague effectuer son va et vient. La douleur est plus intense dans cette position, je n’apprécie pas tellement devoir rester ainsi mais il est trop tard pour me relever. La période de repos est quant à elle salutaire. Je me ressource et profite de cet instant de calme, c’est très agréable. J’ai l’impression que je pourrais m’endormir, alors je me laisse aller. Thibault me rejoint dans le bureau, la pièce que nous avions préparée la veille avec des coussins, des bougies, la piscine de naissance, un matelas au sol et tout le matériel nécessaire au bon déroulement de l’accouchement. Il me dit avoir eu maman au téléphone, qui lui a confié une mission de surveillance. Il est chargé de chronométrer la durée et la fréquence des contractions. Je lui réponds que pour l’instant elles sont similaires à celles du lever, soit 5 à 10 secondes toutes les 5 minutes. Justement une contraction se fait sentir, je le préviens afin qu’il lance le chrono. Lorsque la vague recule, je relève la tête et lui indique que c’est terminé. Il me regarde avec des yeux assez surpris. La contraction, similaire aux précédentes, a duré 40 secondes. Je n’en reviens pas. Le temps semble s’être disloqué. Comment cette contraction de 5 secondes peut s’étaler sur 40 ? Viennent les suivantes, et Thibault me confirme qu’elles ont toutes duré 40 secondes. Je laisse Thibault repartir, j’imagine contacter maman pour lui faire un petit compte-rendu. Il revient pour me tendre le téléphone, après m’avoir demandé si je peux parler. Mais je suis prise de nausées alors la communication coupe court. A partir de ce moment, je ne me préoccuperai plus tellement de ce qu’il se passe autour de moi. J’entends que maman prend tranquillement la route pour nous rejoindre, il est 13h. Elle sera donc parmi nous peu après 15h. Les contractions vont et viennent. Je les accueille à bras ouverts. Lorsque je sens mon utérus se contracter, je me rapproche d’un mur pour m’y soutenir. Debout, j’y pose le front et laisse la contraction prendre de l’ampleur. Je ferme les yeux et visualise mon corps en train de s’ouvrir. Cela m’aide énormément. Je ne souffre pas, je prête mon corps qui ouvre une voie de naissance à ma fille, qui elle, descend doucement. Je ne la sens pas spécialement bouger dans mon ventre. Je l’imagine en train de se contorsionner doucement vers la sortie. Je me demande où en est mon col. J’essaie de ne pas trop y penser, je ne veux pas risquer d’être déçue lorsque maman m’auscultera. J’ai tout le temps soif. Je bois beaucoup d’eau. Je le regretterai un peu plus tard en m’apercevant que le fait de boire me donne la nausée après chaque contraction. La nausée est mon seul ennemi depuis ce matin. Je ne parviens pas à me détendre lorsque la fin de la contraction laisse place à une véritable envie de vomir plutôt qu’à un moment de repos. Je marche dans le salon, puis dans le bureau. Thibault installe un drap au-dessus d’une porte pour que je puisse m’y accrocher si le besoin s’en fait sentir. C’est vrai que mon dos me brûle, j’ai bien envie de me suspendre à quelque chose pour m’étirer. Je fais un essai à la prochaine contraction, mais cette position m’inconforte. Je reprends ma marche sans trop m’éloigner des murs. J’ai hâte que maman soit là. Je n’ai pas peur, je me sens bien, je contrôle ma douleur sans la contrôler d’ailleurs. Je laisse faire mon corps sans opposition aucune. J’essaie de ne pas réfléchir, mais c’est une autre histoire. Maman arrive à la maison aux alentours de 15h, Thibault l’accueille et l’aide à décharger son matériel. Je les entends chuchoter. Ils sont mignons ils ne veulent pas me déranger. Mais je suis consciente, et je suis heureuse que maman soit arrivée. Je les rejoins dans le salon, j’ai envie de savoir ce qu’ils se disent, et j’ai besoin de prendre maman dans mes bras. A mon tour bientôt, très bientôt, je serais moi aussi maman. Maman propose de m’examiner. Je suis à 4 centimètres de dilatation. Je vois dans son regard que c’est une bonne nouvelle, elle me sourit avec tendresse. Elle m’encourage et me dit que tout va bien. Ma fille aussi va bien, son petit cœur bat la chamade avec régularité. Je poursuis ma marche, et fais une pause en balasana pour reprendre des forces. J’entends Thibault et maman chuchoter dans la pièce d’à côté. J’ai envie d’être avec eux et de papoter. Je sais que je dois rester dans ma bulle et tenter d’entrer au maximum en connexion avec mon cerveau reptilien, qui va me donner les outils instinctifs pour mener à bien le voyage de ma fille. Je me sens très bien et en confiance, mais ma conscience reste en éveil. Je ne veux pas que maman s’en aperçoive, je ne sais pas pourquoi. Alors je me tais et je fais comme si je ne les voyais pas. Je marche et je tourne en rond dans le salon, pendant que je les regarde du coin de l’œil décharger valises, et autre matériel divers et varié. Ils entreprennent de remplir la piscine. Maman me rappelle que je ne dois pas entrer dans l’eau trop tôt au risque de ralentir le travail. Je pourrais y aller une fois que mon col sera ouvert d’au moins 5 centimètres. J’ai toujours ces nausées. L’envie de vomir me prend alors que je suis dans le salon, loin de la salle de bain ou d’une bassine. Maman est à proximité, et s’élance à travers la pièce pour me ramener un récipient. J’ai bien cru qu’elle allait se casser la figure dans sa course entre les valises posées au sol, les sacs et les draps étendus par terre. In extremis elle me tend ce qu’il faut au moment opportun. Je n’aime pas ces vomissements, ils sont désagréables bien sûr, mais ils montrent que mon corps travaille intensément au point de me soulever l’estomac, et je ne veux pas que ça inquiète Thibault. Il n’est jamais loin même si je ne l’entends pas beaucoup, mais je sais qu’il observe et que s’il s’inquiète, il n’en dira rien à maman. Je ne veux pas qu’il s’inquiète. Je sais que tout va bien et que c’est normal. Je regrette qu’il ne se soit pas beaucoup documenté, en tout cas en apparence, sur le processus de la naissance. J’espère qu’il ne prendra pas trop peur si toutefois mon cerveau reptilien prenait le dessus. Car dans ce cas je ne pourrais pas le ménager. Mes contractions sont toujours régulières. Parfois plus intenses, parfois plus difficiles à accompagner. J’entends l’eau couler dans la piscine de naissance, et le chauffage tourner. Ces bruits m’apaisent, je me laisse aller. Je n’ai plus notion du temps, je vais bien. Je reste debout autant que possible. Maman m’examine de nouveau. Elle ne dit rien, et continue de me sourire en me portant un regard plein de tendresse et d’amour intense qui me fait tant de bien. Je l’entends dire à Thibault, en chuchotant mais avec enthousiasme, que je suis à 7 centimètres de dilatation. Je ne sais pas pourquoi elle ne me le dit pas à moi aussi. Je suis fière de moi. Il est 17h, enfin je crois, je peux enfin entrer dans l’eau chaude de la piscine de naissance. Quel soulagement... L’eau est merveilleusement bonne, et me détend immédiatement. Je retire tous mes vêtements pour me sentir à l’aise. Je n’avais pas vraiment prévu de me retrouver nue, je voulais initialement porter une chemise pour ne pas gêner Thibault et cacher un tant soit peu ce qui allait suivre. Je me suis finalement retrouvée toute la journée en pyjama, pour finir nue comme un vers. Mais tant pis, j’ai vraiment besoin de retirer mes vêtements. Mon ventre, mon dos, mes jambes et tout mon corps se détendent aussitôt. Je lâche un soupir de soulagement et de béatitude. Maman me regarde avec un sourire jusqu’aux oreilles. Elle savait le bien que cela me ferait. Je pense aux femmes qui mettent au monde leur enfant les pieds dans des étriers, et je ne comprends pas pourquoi personne ne leur permet de vivre ce que je suis en train de vivre. J’ai envie de dire une blague pour détendre encore plus l’atmosphère, mais je n’ose pas. Je ne veux pas que maman s’inquiète de ne pas me voir complètement abandonnée dans ma bulle. Je ne sais pas trop dans quelle position m’installer. Mais j’aimerai qu’un mur reste accessible. Je pose mes bras par-dessus le rebord de la piscine, torse contre la paroi, les jambes fléchies en position agenouillée. Thibault est assis face à moi. Il ne dit rien et ne laisse rien paraitre de ses émotions. Je ne m’en préoccupe pas. On s’est mis d’accord au préalable : s’il ne se sent pas bien, s’il ne veut pas être là, alors il peut s’éclipser à tout moment. Je ne lui en voudrais pas du tout. L’important c’est que je n’aie pas à me préoccuper de lui. S’il est avec moi c’est qu’il y est bien. J’aime plonger mon regard dans le sien, même si je ne lis pas dans ses yeux. Comme si une barrière émotionnelle s’était glissée devant son regard. Peu m’importe, il est là, il me sourit et me tend la main. Je m’y agrippe et laisse les contractions aller et venir comme à leur habitude. Je tente d’utiliser le mur, comme pour les contractions précédentes, mais je n’y parviens pas tellement. Je ne peux pas pousser mes mains dans le mur, j’ai peur de glisser dans l’eau pendant une contraction. Je reste toutefois dans cette position encore un peu, elle a prouvé son efficacité jusque là et me rassure donc. Les contractions sont intenses maintenant. Je ferme les yeux. Je crois les avoir fermés depuis un bout de temps d’ailleurs. Je sens des mains se poser dans le bas de mon dos. C’est très agréable. Maman propose à Thibault de poser ses mains sur mon dos à la prochaine contraction. Lorsque celle-ci arrive, je sens ses mains mais c’est insupportable, je le repousse. J’entends la voix de maman à côté de moi, elle m’aide à accompagner les contractions. Elle me propose de sortir un son continu à l’expiration pendant une contraction. Je m’y essaie, comme je l’avais d’ailleurs appris pendant les séances de yoga. C’est très efficace. Maman chante avec moi pour les suivantes encore. Je sens que ma voix est de plus en plus forte. Je pense aux voisins et me demande s’ils nous entendent. Je me demande si la fenêtre est bien fermée. Je ne vois plus Thibault, j’espère qu’il va bien et qu’il n’est pas parti vomir quelque part. Et puis j’engueule mon cerveau de pas vouloir arrêter de cogiter. Ma fille est toute proche, je me fiche des voisins, je me fiche du bruit, et je me concentre sur moi-même. Une nouvelle contraction arrive, mon utérus se tend et je pousse dans le bas du ventre, ce qui me fait du bien. Je fais porter ma voix, qui se disloque d’un coup en un grognement rauque et grave alors que dans mon corps un poids semble être tombé dans mon utérus. Ce son me surprend fortement. Cette sensation aussi. J’entends maman me parler derrière moi, et me rassurer. Je ne sais pas ce que c’était, mais je sais que nous entrons dans une nouvelle phase de la naissance. Je n’ai aucune idée du temps qu’il reste avant de voir ma fille. Je perçois autour de moi de l’agitation, j’ai l’impression que c’est imminent. Les contractions suivantes sont un peu différentes, je sens une forte tension dans le bas du ventre. Je me rends compte avoir peur de perdre encore le contrôle de mon corps. Ma voix qui s’est tordue peu avant en un son sourd et puissant, incontrôlable, m’a fait peur. Je ne m’y attendais pas. Maman vérifie régulièrement le cœur de ma fille à l’aide d’un monitoring qu’elle plonge sous l’eau et me pose sur le ventre. Je ne supporte plus qu’on me touche le ventre. J’aimerai qu’elle arrête de faire ça. Thibault est réapparu sur ma droite cette fois. Il me regarde toujours sans laisser paraitre ni émotion ni expression. Lors d’une contraction je perds les eaux. Je ne me rappelle pas si c’était avant ou après cette sensation de chute de pierre. Maman me dit que ma fille est toute proche, je devrais même pouvoir la sentir. Et du bout des doigts je sens quelque chose, j’ai touché ma fille, elle est juste là. Je me demande comment elle va passer. Encore ce fichu cerveau qui réfléchit. Je ne sais pas comment m’installer dans la piscine pour accompagner les contractions. Je tente de m’agripper aux poignées qui sont situées à l’intérieur, sans succès. Maman me propose de changer de position. Je redoute de bouger, mon corps est endolori et je ne me vois pas faire des cabrioles. Je voudrais qu’on me fiche la paix. Mais je sens bien que cette position n’est plus optimale. Alors je pivote et me retourne. J’aimerais essayer de me suspendre pour étirer mon dos. Je ne sais plus si c’est maman qui a proposé cette alternative, ou si j’ai senti le besoin de m’étirer. Une contraction arrive, Thibault est face à moi et maman le prévient qu’il peut m’aider en me laissant me pendre par son cou. La contraction arrive vite, je pose mes mains violemment autour de son cou et tire dessus sans ménagement. Je sens Thibault partir à la renverse mais je ne peux pas m’arrêter, c’est trop tard. J’entends maman lui dire de tenir bon. J’espère qu’il ne va pas tomber dans la piscine. Je sens qu’il lutte pour ne pas tomber la tête la première, ses muscles tressaillent sous la tension que j’exerce. Puis je relâche. Pourvu que je ne lui ai pas provoqué de torticolis. Je ne veux pas recommencer. Je n’ai pas senti une grande avancée dans le travail avec cette position, qui de surcroit a fait mal à Thibault. Maman me propose le quatre pattes. Il va encore falloir que je me retourne, je n’en peux plus j’ai mal partout. Je parviens à me tourner, mais je ne vois pas comment faire pour me tenir afin de pousser correctement. Je vais glisser, il me faut un appui. Maman propose à Thibault de poser ses mains derrière mes pieds. C’est mieux. Je vois passer une épuisette. Et je me dis que ça ne doit pas être très glamour à voir. Surtout que Thibault doit être aux premières loges dans cette position. Je ne parviens pas à ne pas y penser. Au cours d’une nouvelle contraction je sens que la poche des eaux se vide encore. Je préviens maman mais elle l’a vu cette fois. Je sens Thibault et maman s’impatienter. Je sais que tout va bien, mais je perçois que les poussées ne sont pas aussi efficaces qu’elles pourraient l’être. J’aimerai faire mieux. Quelqu’un coupe le chauffage. Ca ne me gêne pas. Maman me propose de changer de nouveau de position, en m’installant sur le dos, genoux repliés vers mon torse. Mes mains viennent tenir mes jambes sous les genoux et m’aident à pousser lors des contractions. Thibault s’est positionné derrière moi et me tient sous les bras pour ne pas que je glisse dans l’eau. Maman est face à moi, et surveille la tête de ma fille qui s’apprête à sortir. Cette phase fut la plus rude et la plus longue du travail. Je sens sa tête venir lentement lorsque je bloque ma respiration et que je pousse vers le bas. Je n’ai plus de souffle, j’essaie de tenir, maman me soutient, elle semble très enthousiaste, et m’encourage vivement. Mais chaque fois la tête semble bloquée et ne plus avancer. A chaque poussée elle avance doucement, puis recule à son point de départ une fois la contraction terminée. Mon périnée me brûle intensément. Les poussées ne viennent pas spontanément comme je m’y attendais. Il me faut produire un effort incommensurable pour engager la poussée lors d’une contraction. Je n’en ai pas eu le courage lors de l’une d’elle, qui s’est donc avérée totalement inefficace, et je m’en suis voulue. Ma fille ne pourra pas sortir si je ne l’aide pas, je n’ai pas le droit de l’abandonner. Je perds confiance en moi. Heureusement maman me soutient je l’entends m’encourager avec vigueur à chaque contraction. Je ne veux pas lâcher, mais je ne sais même plus où pousser. Tout me brûle. Mon corps est pris de crampes intenses, surtout dans les mollets. Je suis fatiguée, j’aimerais que ma fille soit là. Maman me rassure, elle ne souffre pas du tout, son cœur bat bien, je ne dois pas m’inquiéter. Maman me décale mes mains sous mes genoux, plutôt que mes bras, pour m’aider à pousser lors des prochaines contractions. Effectivement c’est plus efficace. Mais cela reste insuffisant. La tête ne bouge toujours pas plus. Je sens que maman intervient plus fortement cette fois ci, j’ai vraiment mal mais je l’en remercie, je sais qu’elle fait ce qu’il faut pour aider ma fille à glisser sa tête à l’extérieur. Et puis le soulagement, la tête passe enfin. Maman exulte. Elle me propose de toucher la tête de ma fille. Je sens quelque chose de mou, chaud et doux, complètement ovale. Je me dis que ça a dû fortement déformer son crâne depuis le temps que je pousse. Une nouvelle contraction arrive. Je sens tout le corps de ma fille se glisser à l’extérieur de moi tellement vite, c’est incroyable ! Maman me propose de la récupérer par les épaules, alors qu’elle n’est pas complètement sortie. Je tends mes mains et j’attrape ma fille dans l’eau. J’entends maman me prévenir que si je sors sa tête de l’eau il ne faut pas que je l’y replonge. Je le savais je l’avais lu quelque part, elle ne risque rien sous l’eau tant que je ne la sors pas pour l’y remettre. C’est là que je t’ai vue ma fille, pour la première fois, c’est à ce moment que je t’ai rencontrée et que je suis restée subjuguée. Tu flottais sous l’eau de manière si paisible, c’était incroyable. Je te tenais dans mes mains. Ton papa juste derrière moi s’est approché aussi, et je l’ai entendu dire "mais qu’elle est belle c’est incroyable". Moi je suis restée bouche bée encore quelques secondes. Tu étais si magnifique. Et si paisible après tant d’efforts. Maman est alors intervenue pour te sortir de l’eau, elle avait remarqué ton cordon enroulé autour de ton corps et de ton cou. Je crois que sinon tu serais encore dans l’eau, sous le regard ébahi de tes parents. Alors je t’ai sortie et nous avons entendu le son de ta voix pour la toute première fois. Quelques cris, puis le calme, et tu as ouvert les yeux. Je t’ai adressé mes premiers mots en chuchotant "Bonjour ma chérie, bienvenue Eléa" tout en t’enlaçant tendrement avec ton papa.

A ma fille, qui a parcouru avec force, courage et sérénité ce voyage


Commentaires

Logo de KOENIG_Isabelle
dimanche 20 mai 2018 à 14h44 - par  KOENIG_Isabelle

merci ma fille adorée de m’avoir offert ta confiance pour accompagner ce moment inoubliable de votre vie.... et de la notre aussi , en tant que grands parents de notre septième petite fille , Eléa !
cadeau inestimable de la Vie et de l’Amour ....
MERCI !!!

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