A propos de la PERIDURALE ?

dimanche 31 mai 2015
par  KOENIG_Isabelle

Loin de moi , l’idée de diaboliser la péridurale ... Apparue dans les années 70/80 ( 1% à ses débuts ... ; & pas loin de 80 % aujourd’hui ! ), cette péridurale rend certes de nombreux services et évite dorénavant des situations dramatiques ... MAIS , elle dénature considérablement le processus naturel de la mise au monde ...

Réflexions de Jacqueline Lavillonnière , Sage femme

« À propos de la péridurale, on entend deux discours

 :- "​je ne veux pas avoir mal, je vais demander une péridurale d’entrée , c’est ridicule de souffrir de nos jours ​​" ​= la femme​se situe dans son époque .

" je n’en veux pas , ça s’est toujours fait sans " ​= la femme se situe dans une lignée

A la sortie , elles ont quasiment toutes eu une péridurale même celles qui s’étaient préparées à s’en passer ! En effet , on ne peut se contenter d’une déclaration d’intention ; encore faut il tenir bon lorsque qu’au moment o​ù​ rien ne va plus, à l’instant même ou on est à la recherche d’un second souffle, il vous est proposé d’ éliminer purement et simplement la douleur ! D ​’​autant que bien souvent, les femmes qui ont d’emblée affirmé leur refus , sont laissées à mijoter dans leur souffrance , sans grand soutien, sans véritable guidance. Après la " capitulation ", on a beau jeu de leur dire : ​"​vous voyez bien que vous en aviez besoin " !. Les rares ​femmes ​qui vont au bout sont celles qui ont bénéficié d’une vrai​e​ préparation, au cours de laquelle elles ont appris​ à​ utiliser la sensation, aussi violente soit elle, et qui ont le moment venu, auprès d’elles un soutien affectif et médical , qui leur permet de garder le cap, qui les encourage et leur rappelle qu’après une traversée , on accoste au port .l’ hypothèse prévaut dans le milieu médical que les professionnels qui continuent à proposer un accouchement sans anesthésie seraient accrochés à leur pouvoir et chercheraient à se maintenir dans une position irremplaçable . Ce n’est pas faux : l’accompagnement dans ce moment crucial occupe une place essentielle, centrale et il est investi d’une grande puissance. Heureusement d’ailleurs , car la femme qui accouche doit pouvoir compter sur quelqu’un de costaud qui sait ce qu’il fait, qui inspire confiance .il y a là une relation particulière o​ù​ la femme s’appuie sur un autre être​ humain qui lui sert de garde ​-​fou dont la maitrise et le pouvoir , loin d’être annihilants pour elle, l’aident au contraire à plonger vers sa racine, à aller se rencontrer, voire se révéler , dans une dimension jusque-là inconnue d’elle ! Inversement, on parle de péridurale en termes de libération, comme si c’était une évidence . Affirmation paradoxale au vu de la posture physique dans laquelle la femme se retrouve le plus souvent : rivée sur le lit, une aiguille dans le dos , une autre dans la veine du bras, le ventre relié au monitoring, l’autre bras branch​é ​sur le tensiomètre , et au moment de l’expulsion, les jambes dans les étriers , le sexe ras​é​, la vulve exposée à tous les regards ...n’est -​elle pas alors à la merci d’un autre pouvoir ?pa​p​illon épinglé, n’a t elle pas abdiqu​é​ de sa mobilité de son dynamisme, de sa puissance à elle, qui réside dans sa formidable compétence à mettre au monde ? N’a t elle pas gliss​é​ d’une position o​ù​ elle " s’appuie sur " a une autre ou elle " s’en remet à " ? La liberté dont il s’agit, c’est celle de ne pas sentir ce qui se passe, de s’absenter , de garder la tête froide, de conserver son quant à soi : on voit même de​s​ femmes feuilleter des magazines ou un livre, en attendant que ça se passe. Garder la tête claire , oui , soit. Mais en échange de ce confort, ne laisse ​-​t ​-​elle pas au vestiaire toute s​a​ force instinctive, sa puissance radicale, ainsi qu’une partie de sa dignité , en acceptant de rester dans une posture qu’en temps normal toute femme ressent comme profondément humiliante ? Les maternités sont devenues muettes : tout s’opère dans un silence ouat​é​. On n’entend plus ni souffle. Ni halètement , ni gémissement , ni cri. Il est devenu médicalement incorrecte de faire du bruit en donn​an​t la vie. De quelle liberté s’agit il au bout du compte ? Celle de ne plus sentir, d’être ficelée , muselée ? A cette question , il est répondu qu’ en passer par les douleurs de la mise au monde est une attitude masochiste ou bien archaïco- ecologico - judéo chrétienne, soit dépassée soit malsaine . Mais si notre société était vraiment au clair vis à vis de la souffrance physique , elle n’exiberait pas ainsi toutes ces situations extrêmes . La vie de l’être humain est ponctuée de passages : dans les sociétés traditionnelles, ils étaient marqués pour les hommes par des rites initiatiques qui n’ont plus d’équivalent dans notre société. Les femmes , elles, ont toujours eu l’accouchement comme point de rencontre avec leur féminité la plus profonde. C’est cette charnière essentielle, ce rendez vous avec elles mêmes, qu​’​elles sont en train d’ abandonner. En supprimant purement et simplement les sensations de l’accouchement, on méconnaît le rôle bénéfique qu’elles peuvent jouer​.. De toute évidence , cependant , la péridurale n’est pas à proscrire : c’est un outil salvateur dans bien des cas, où la douleur ne peut pas être assimilée. Se pose la question de l’utilisation d’une technique potentiellement très utile qui a dérapé vers un usage quasi systématique, donnant des naissances normalisées, calibrées, qui finissent par toutes se ressembler à devenir insipides... »

extrait du livre " naitre , tout simplement " de J. Lavillonnière et E. Clémentz


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